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Remettant les Pierres

Sunday, November 15th, 2009

- Remettant les pierres -

par Roy Christie
Traduit de l’Anglais par Marc Fauvet

J’ai grandi à cent mètres d’un ruisseau à truites. J’avais la vie tranquille. On m’avait appris les connaissances rudimentaires de la nature et de sa protection, j’élevais poules d’eau, canards et faisans pour leurs plumes, confectionnait mes propres mouches et les utilisait dans le ruisseau au bout du champ. Ma bibliothèque contenait les livres de Skues, Hanna, Stewart et Pritt. C’était un petit monde avec plus de tracteurs que de voitures.

En été, le niveau d’eau arrivait à hauteur de bottes. Avec les copains, on s’amusait à essayer de sauter par dessus et éventuellement, en grandissant, on y parvenait. Pendant les crues, le niveau pouvait atteindre quatre mètres et inondait les champs.

Ce ruisseau draine un marais de six kilomètres ainsi qu’une douzaine de kilomètres de champs agricoles, de forets et puis quelques lacs. Le niveau monte vite, puis s’écoule lentement.

Nos mères s’inquiétait quand nous allions pêcher les crues tombantes, mais connaissant bien le terrain, nous sommes toujours revenus sains et saufs, en rapportant chacun des sacs remplis de poisson pris au vers ou à la mouche. Entre les crues la pêche était différente. Quelques copains pensaient que les truites venaient s’y réfugier avec les crues, mais où allaient -elles entre les crues ? Mystère…

Pêchant l’aval en mouche noyée, en ayant très peu de connaissances des techniques de pêche, ce mystère continua pendant plusieurs saisons. Moucherons et olives étaient partout. J’apprit qu’on pouvait passer inaperçu en restant immobile derrière les poissons. Puis nous avons appris l’approche discrète vers l’amont, à l’indienne.

Un jour, en début d’été, j’étais parti vers l’aval dans l’intention de pêcher en remontant le kilomètre et demi me séparant de mon foyer. Je m’aperçut qu’il y avait une nouvelle pelle mécanique. Jaune et brillant, le dragon était garé au fond du champ. En discutant avec Georges, qui nous payait pour l’aider à ramasser le foin et les patates, j’appris que la machine appartenait aux Services Rivières et était là pour refaire le fond du ruisseau afin de contrôler les débordements.

J’étais dévasté ! Ils allaient tuer le ruisseau.

Le travail à commencé le lundi suivant en amont du second pont. En revenant de l’école, j’ai vu par les fenêtres du bus qu’il avait déjà creusé à peu prés cent mètres et allait attaquer une face rocheuse. Les parois n’étaient plus que de la boue et le lit avait été aplati.

En rentrant chez moi, et en délaissant, du moins pour l’instant, le fusil de chasse, prit ma canne de sept pieds et demi, monta un train de trois araignées à deux pieds d’intervalle – Une Greenwell’s en pointe, araignée noire sur potence puis une partridge orange en sauteuse – puis partit affronter le dragon. J’étais tellement en colère, que je ne pouvais même pas en pleurer.

Arrivant devant cette scène de dévastation et corruption je m’approcha si prés du dragon qu’il dut s’arrêter. Quelques minutes de répits pour le ruisseau. Le répit fut bref. Le conducteur me demanda si j’avais des tendances suicidaires, puis se rendit compte pourquoi j’étais là. Nous avons eu une petite discussion.

John était un pêcheur de saumons. Il à fait tout ce qu’il pouvait pour me consoler avec ce qui était pour moi, du moins à ce moment là, sa logique étrange. Son boulot était de refaire mon ruisseau sur trois kilomètres, ma maison étant au milieu de ce soit-disant canal. Le but étant d’évacuer l’eau des pluies d’hiver plus rapidement. Le chantier fini, l’inspecteur des Services Rivières déciderait si le travail était satisfaisant, et si oui, John serait rémunéré. Il m’expliqua qu’il n’était pas nécessaire d’entailler la roche pour satisfaire à l’écoulement et laisserait les cascades rocheuses tel-quel. Aussi, il suivrait le cours naturel le plus possible. En passant, il laisserait des gros tas de pierres, débris, végétation, larves et oeufs. De quoi satisfaire l’inspecteur.

John m’expliqua qu’il n’allait pas tuer les truites. La machine leur ferait peur et elles s’enfuiraient. Il m’as dit d’en attraper le plus possible en amont, puis de les remettre sous les travaux en aval. Ce fut relativement facile, puisqu’elles se cachaient toute la journée à cause du raffut et au soir elles avaient drôlement faim.

Tous les soirs, nous attrapions des grosses, jusqu’à 280 grammes, puis les transportons à l’aval où elles seraient en sécurité dans un environnement naturel. En quelques semaines, nous avons réussi à en transporter environ 300. John expliqua qu’ensuite elles reviendraient rétablir leur territoire.

En fin de compte, le conducteur du dragon était un type bien. Il à fait un travail propre. Je n’ai que récemment réalisé, plus de trente ans plus tard, qu’en m’expliquant comment refaire les pools, il avait fait de moi son complice, son lieutenant dans la restauration de ce ruisseau. Je ne l’avais pas vu de cette façon, jusqu’à présent.

En remontant, il à laissé de gros rochers le long de la berge. Il à même réussi à trouver des faces rocheuses préalablement cachées qui servirait de caches aux truites. Il à suivi l’ancien lit. Il m’as dit que le ruisseau évacuerait l’eau superflue pendant vingt ans, mais que les sédiments reviendraient. Il m’as aussi appris que afin de prolonger la vie du ruisseau, il fallait faire en sorte que le ruisseau se nettoie tout seul.

John m’as expliqué qu’une bonne rivière à truites doit se dépêcher d’aller nulle part, mis-à-part de s’écouler lentement au prochain pool. Une pincée de rochers placés judicieusement sur le lit peut effectivement diriger le courant de la façon qu’on le souhaite, par exemple, à l’entrée d’un pool ou en amont d’un virage – en plaçant un rocher vers le bord extérieur, le courant serait détourné, accéléré, oxygéné et creuserait un trou en aval derrière le rocher. Un autre rocher, placé devant le premier, empêcherait l’érosion de la rive – donc, formerait un mur. S’assurer que ces rochers peuvent supporter de grosses crues. Placer une douzaine de rochers à l’entrée du futur pool renforcerait les pools en amont et en aval. Laisser le courant faire le travail à votre place. La nature recréera son environnement. A vous de l’organiser.

L’installation des pierres et rochers doit être faite avec soin. Les rochers doivent être de taille suffisante afin d’assurer leur stabilité par fortes crues, mais pas trop large, ce qui nuirait à l’écoulement par eaux basses. Le but est de créer un lieu de pêche parfait. Les dalles mesurant à peu prés 60 cm. de longueur et 30 de hauteur sont idéales. Faites les tomber à l’eau un peu en amont et le courant vous aidera à les placer de façon permanente. Placez des marches d’où vous pourrais ensuite mieux lancer vos mouches. Prélevez judicieusement les arbres qui pourrait vous gêner.

Lors d’un calme long et plat, on doit construire la tête et la queue du pool, puis recommencer en amont. Utilisez des rochers pour alterner le courant de gauche à droite, de droite à gauche par dessus les pierres du lit. Avec le temps, la queue du pool se remplira de sédiments et la tête deviendra plus profonde. Pour moi, les proportions idéales d’un pool sont: la longueur du pool devrait correspondre à trois fois sa largeur, mais cela dépendra de la vitesse du courant. N’oubliez pas d’inclure des marches pour le confort de pêche.

En détaillant la structure du lit, vous pouvez construire les caches ou postes où se tiendront les poissons. Faites en sorte que ce soit le meilleur spot du pool, que vous pourrez l’approcher sans être vu du poisson. Il vous faut procurer aux poissons des lieux de couverture. Une solution consiste a placer de gros rochers dans l’eau près d’une berge. Cela créera une accélération du courant et formera un creux à l’aval qui offrira de l’ombre et une opportunité à la vie aquatique de se développer, qui servira de nourriture aux poissons. En alternant des flux calmes et rapides, vous favorisez le développement bio-diversitaire. Ensuite il suffit d’attendre pour que les moucherons, éphémères, sedges et autres coléoptères reviennent, étend déjà installés en amont et en aval. Içi, il est question de destruction massive de l’écosystème, non pas de pollution. Nous devons surveiller les authorités afin d’empeche ces incidents de recommencer.

Le dragon à terminé son travail. L’inspecteur était satisfait. Le ruisseau ressemblait à un canal. Je pense que cet homme n’était pas bien dans sa tête. J’imagine que John à été payé. Je ne lui ais pas demandé. Le prochain état des lieux serait dans 20 à 30 ans. C’était le moment de commencer le travail.

Mes potes pensaient que la reconstruction était une idée géniale, alors ils m’ont aidé. C’était les vacances d’été. Les copains avaient du temps libre et m’ont beaucoup aidé pendant quelques jours. Je leur suis reconnaissant. Puis quelqu’un à l’idée de construire un barrage afin d’avoir une piscine. Elle était de 60 cm de profondeur et 40 m de long. C’est devenu l’aire de jeu local et comme par magie, mes ‘travailleurs’ avaient disparus. Il y eut même quelques belles truites qui s’y aventuraient, plus difficiles à tenter sur le calme. J’appris à pêcher fin.

J’estime qu’il aura fallu deux bonnes années de labeurs durs, des centaines de brouettes remplies d’herbe, des tracteurs empruntés pour déplacer les rochers, d’experimentations avec les courants, de jeans usés et trempés, pour que le ruisseau se stabilise.

Le ruisseau s’est servi de la générosité de la nature. Les crues d’hiver ont néttoyé le lit et le limon s’est installé. Les herbes repoussaient, leurs systèmes racinaires retenaient les berges. Les insectes étaient en grand nombre sur l’eau et dans l’air, et au début de l’hiver les frayères étaient si nombreuses, que l’on aurait pensé qu’un troupeau de vaches était passé. Les oiseaux plongeurs étaient les premiers à revenir. J’y ai même vu un martin-pêcheur. Les plus belles truites pesaient aproximativement 450 grammes. Je pense que la moyenne du cheptel à doublé en poids, et elles ont addopté un teint plus argenté, phénomene que j’attribus au regain de lumière sur les berges.

Un jour, suite à une averse qui à duré plusieurs jours, nous sommes allés pêcher. Mes copains pensaient que le ruisseau était perdu. En quelques heurres, nous avons capturé à peu-prés 90 poissons pendant la décrue, ne gardant que quelques-unes pour les mémés qui les aimaient tand pour leur souper.

Un soir d’été, aprés en avoir relaché une vinghtaine, j’ais approché un joli petit calme prés de l’école. J’utilisé une nymphe oreil de lièvre/fil de cuivre taille 16 dans le style que nous à apris le grand Sawyer. En remontant, j’attrapais celles qui étaient en amont et les fesaient glisser dans le pool en aval. J’ais réussi à prendre 12 truites qui pesaient environ 280 grammes avant la fin des gobages à une heure du matin. Le lendemain, je suis revenu en emportant cette fois-çi mes lunettes polarisantes et dans un quart d’heurre ai reussi à en compter treize. MINCE. J’en avais loupé une. Quand j’y repense, éffectivement, j’en avais ‘piqué’ une à la fin! Ce pool mesurait à peu-prés sept mètres de long et par eau basse, était d’un mètre cinquante pour soixante cm en tête, et les rebords étaient remplis d’algues et de sédiment.

Maintenant, presque quarante ans aprés la reconstruction, il continu à monter rapidement, redéscend un peu plus vite qu’avant, déssèche les marais et draine les lacs tout en se gardant propre.

Je pourais continuer pendant l’éternité à parler de ce petit ruisseau qui méandre vers la rivière puis la mer, mais plutôt, je vous invite à aller jeter une pierre dans votre ruisseau secret.

Avant de nous quitter, je vous prierais de partager avec moi une pensée pour John Shaw, défunt depuis quelques années déja, et qui, grâce à sa connaissance et à son amour pour la nature qu’il m’as transmis, me permetras de transmettre moi aussi à mon tour ces connaissances aux générations futures.